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Flaine : quand le béton fait couler de l’encre

Flaine : quand le béton fait couler de l’encre

  • Jacques Leleu - Chronique Montagne 15

Quelle horreur ! Quel talent !

Pourquoi tant de béton en pleine nature ? A quoi servent des sculptures au pied des pistes ? Enfin une architecture résolument contemporaine !

Sylvie et Eric Boissonnas ont tout entendu, ils ont tenu bon.

Cinquante ans après l’inauguration de Flaine, les utopies en ont pris un coup, et la station haut-savoyarde continue d’alimenter le débat sur l’art de bâtir en montagne.

Il n’y avait rien à l’origine sur le désert de Platé, bien connu des géologues pour son extraordinaire étendue de lapiaz, ces plateaux calcaires traversées de failles béantes.

L’hiver, on était au bout du monde, quand on parvenait en skis de randonnée dans ce désert blanc au-dessus des Carroz d’Arâches.

En 1959, Eric Boissonnas tombe amoureux de ce site vierge.

Des pentes chargées de neige, protégées du vent, qui convergent vers une cuvette boisée.

Idéal pour créer une station internationale.

Eric Boissonnas est géophysicien, mélomane et grand skieur. Sa femme Sylvie est passionnée d’art contemporain, et à l’abri de fins de mois difficiles.

Elle a eu la chance de naître Schlumberger.

Mais fréquenter le beau monde n’ouvre pas toutes les portes. Il faudra des trésors de diplomatie pour convaincre élus et habitants.

La commune d’Arâches Les Carroz ne voit pas d’un bon œil cette route qui traversera le village et ses terrains pour rejoindre une station concurrente.

Et quelle idée de construire la ville à la montagne, avec ces grandes barres de béton brut qui prétendent épouser le relief.

Il faut dire que Marcel Breuer n’est pas un nostalgique des petits chalets en bois.

L’architecte américain est une star du mouvement bauhaus. Il aime le cubique et le fonctionnel.

Il assure que son projet s’intégrera dans l’univers minéral de Flaine.

Ce n’est pas gagné. La route prend cinq ans de retard, il faut construire un village provisoire pour loger les ouvriers et un téléphérique pour transporter les matériaux depuis la vallée.

Mais le couple tient bon. Il a de solides soutiens économiques et politiques.

En janvier 1969, le ministre Albin Chalandon viendra saluer la naissance de cette nouvelle station à vocation internationale.

Sylvie Boissonnas aura planté des sculptures géantes de Dubuffet, Picasso ou encore Vasarely au cœur de la station.

Un an après les JO de Grenoble et le sacre de Killy, le ski fait rêver des millions de Français.

Cinquante ans plus tard, Flaine tient toujours debout.

Le béton n’a pas pris une ride.

Et alimente toujours le débat.

Tandis que les skieurs grimpent jusqu’à 2500 mètres admirer l’un des plus beaux panoramas sur le massif du Mont-Blanc.
Jacques LELEU

 

-A voir : les vidéos sur l’histoire de la construction de Flaine et son architecture sur le site de la station (www.flaine.com).

-Une exposition anniversaire est présentée à l’office du tourisme.

-Entrée libre au centre d’art (galerie, projection de vidéos, bibliothèque, etc).

 

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Chris

1 février 2019

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