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Hernani : Ou la faillite d’un système

Hernani : Ou la faillite d’un système

Gwenael Morin crée « Hernani » au Théâtre du Point du Jour… Même si le style de ce metteur en scène constitue toujours une curiosité, même s’il reste exceptionnel par sa façon, le principe tourne aujourd’hui au procédé et les procédés s’usent.

Il monte donc « Hernani » de Victor Hugo dont l’intrigue comme la langue ressemblent à celles de Ruy Blas, en plus long, plus lourd. À la relire et même à la voir, on comprend pourquoi la pièce est si rarement jouée. Qu’allait donc faire Gwenael Morin de ce texte et surtout dans quel but?

L’on retrouve ici les principales qualités de ce metteur en scène, notamment sa capacité à faire dire les textes par des comédiens, y compris débutants de manière qu’ils soient entendus. Et cela sans micro. La diction est parfaite, la voix posée, le texte compréhensible. C’est bien le moins, direz-vous, et pourtant ce n’est hélas pas toujours le cas dans certaines salles, meme les plus grandes, de France et de Navarre. Rendons donc grâce à Gwenael Morin qui sait redonner aux mots leur sens avec leur force.

Autre qualité: sa capacité à évoquer avec des riens, à jouer du mouvement, à l’inscrire dans l’espace.

Venons-en maintenant à ces procédés qui tournent court.

D’abord le tirage au sort des rôles. Le système a des limites. Voir Gaël Baron en Doña Sol est sûrement plaisant pour lui. Il roucoule, défaille, joue de l’éventail, en un mot se travestit dans une caricature féminine digne de La Cage aux folles », film certes respectable qu’on ne saurait cependant attribuer à Victor Hugo. Si la pièce est mauvaise, ses personnages ineptes, à quoi sert de la monter pour s’en moquer?

Idem pour le roi Don Ruy Gomez, ici joué par Barbara Jung qu’on a connue plus crédible. Elle hésite entre le vieillard gâteux et le vieux lion digne et loyal sans arrêter de parti pris.

Les autres tirent plus ou moins leur épingle du jeu, Hernani lui-même étant difficilement reconnaissable dans Ulysse Pujo, Florence Girardon plutôt juste par contre en Don Carlos.

La question de la direction d’acteurs se pose vraiment. Où est l’unité? Où est la construction d’une intrigue tenant essentiellement sur les caractères?

Ajoutons à ces défauts majeurs la propension des comédiens à hurler quand, nous l’avons dit, nul n’est besoin d’amplifier leur voix.

Cerise sur le gâteau, la salle à été vidée de ses sièges, laissant le spectateurs deux heures et demie sur les marches.. En quelle estime le maître des lieux tient-il ses hôtes? Certes, le spectacle est gratuit et le texte est distribué à chacun gratuitement, encourageant les spectateurs à suivre sur le papier plutôt que sur le plateau. Discutable.

J’ai longtemps été un soutien presque inconditionnel de Gwenael Morin, malgré de plus en plus de réticences. Je regrette de ne pas trouver ici trace de la rigueur de son travail ni de son exigence.

 

Au Théàtre du Point du Jour jusqu’au 23 décembre, entrée libre.

 

 

Par Trina Mounier

Crédit photographique : Pierre Grosbois.

 

 

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AuraOne

19 décembre 2017

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