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La Pierre des trois Evêques : du Chambon Feugerolles à Saint Rambert d’Albon

La Pierre des trois Evêques : du Chambon Feugerolles à Saint Rambert d’Albon

DÉPART DE LA GARE DU CHAMBON FEUGEROLLES:

La sortie du Chambon Feugerolles se fait par la  D22 en direction de St Romain les Atheux – St Genest Malifaux.

Sitôt passé le pont de l’autoroute de St Etienne, on entre dans la campagne montagnarde par une pente bien régulière de l’ordre de 7% que l’on ne quittera pratiquement plus jusqu’à la Pierre des Trois Evêques, point culminant de la randonnée.

Cette année les couleurs d’Automne manquent car les feuilles tombent avant d’avoir jauni : elles ont séché sur branche et commencent à recouvrir les bas côtés. Attention dans les descentes.

Dans cette vallée du Cotatay, nous tentons d’apercevoir le château de Feugerolles dont le GPS nous signale la présence sur sur la gauche de la route. Mais une lecture attentive de l’IGN nous apprend qu’il se situe à 7 ou 8 courbes de niveau au-dessus du niveau de la route (70 – 80m au-dessus). Aucune chance d’en voir même l’ombre.

Et lorsque nous arrivons à l’embranchement de la route qui y mène….. elle est très sérieusement fermée par une barrière doublée de barbelés. Impossible de raconter aux éventuels dobermanns de garde que nous n’avions pas vu qu’il s’agissait d’une propriété privée. Il va falloir que nous demandions une autorisation pour y revenir.

Dommage, il a l’air intéressant si l’on en croit la photo du web.

Juste avant St Romain les Atheux, nous tombons sur une curiosité : Plusieurs lignes électriques dont les conducteurs quittent la voie des airs pour rejoindre des fourreaux dans le sol.

C’est tout simplement parce que nous nous trouvons en limite du parc naturel régional du Pilat, et que les lignes électriques qui le traversent doivent être enterrées. Rien que pour ça, ça vaut la peine de créer des parcs régionaux.

Il est intéressant de constater qu’EdF sait faire lorsqu’elle est obligée.

Il ne reste plus grand chose du prieuré bénédictin dépendant de l’abbaye d’Ainay qui a donné naissance au bourg au xiii°s, si ce n’est les armoiries des Jésuite qui ont succédé aux disciples de Saint Benoît et dont le blason subsiste sur le portail d’un édifice.

Ce bâtiment se trouve malicieusement être la mairie. Et pourtant la calotte ne faisait pas bon ménage avec le République sous Emile Combes. Le temps efface les blessures. Merci Monsieur le Maire de ne pas l’avoir fait marteler.

En arrivant dans la cuvette de Saint Genest Malifaux, nous commençons à voir les paysages de haute Loire avec ces

grandes étendues paresseusement mouvementées parsemées de villages relativement proche les uns des autres.

Saint Genest M. a résisté à l’industrialisation de la vallée tout en contribuant à son essor : Lorsque Claudius Petit en 1957 fit appel à le Corbusier pour construire des logements économiques et modernes sur sa ville de Firminy, il crut aussi ce que racontaient les ingénieurs fiers de leur œuvre, à savoir que : « la renommée de la future Cité Radieuse sera telle que Firminy doublera sa population ».

Ni une ni deux, la municipalité investit dans une retenue d’eau importante à St Genest M. pour approvisionner le doublement de la population escompté alors. C‘était sans compter les licenciements massifs qui commencent à la Compagnie des Forges et Ateliers de la Loire. Le doublement de la population se soldera par une division par deux.

La grande route passe devant le Château du bois, ancienne demeure fortifiée qui a du résister aux guerres de religions particulièrement virulentes dans le Forez. De nombreuses légendes sont attachées à ce bâtiment, dont celle de la cruauté du seigneur qui était telle que ses chevaux refusèrent d’avancer lorsqu’il s’est agi de le conduire au cimetière.

On trouve dans ce bâtiment le témoignage intéressant de la qualité de la maçonnerie vellave, avec l’appareillage de ces énormes blocs de granit de la sole jusqu’au faîtage.

Nous entrons dans la forêt du « Grand Bois » en direction du col de la République qui tiendrait son nom d’une secte religieuse ayant tenté de fonder en 1794, un petit état indépendant nommé « La République de Jésus Christ » [1]

Bibendum-Michelin nous a devancés, et il a laissé une borne qui nous oriente fort opportunément en direction de la table d’hôtes des Ecrinelles qui devrait se trouver juste dans le secteur du gros caillou que nous cherchons.

La route devient rapidement chemin de terre, et, les sapins aidant, route à racines à fleur de terre, qui doivent être particulièrement meurtrières par temps humide. Mais la couleur des fougères de la forêt du Grand Bois nous indique clairement que nous ne risquons rien aujourd’hui pour ce qui est de la rosée.

La direction est bien indiquée par les signalisations de la FFRP et nous trouvons enfin le caillou au programme de notre journée.

IMPRESSIONNANT.

La légende la plus insistante sur cette pierre raconte qu’elle aurait été d’abord le point de jonction de la délimitation des trois gaules :

La Gaule Narbonnaise, première en date, (-120 avant J.C.) au Sud,

la Gaule Lyonnaise et l’Aquitaine (- 50).

Puis, quelques années plus tard (943)  la jonction des frontières des trois territoires issus de la division de l’Empire romain germanique de Charlemagne entre ses trois fils, et enfin celui des circonscriptions des trois évêchés de Vienne, du Puy et de Lyon.

Le Guichet du Savoir (….) est plus réservé sur ces trois explications populairement séduisantes.

Bien que les dimensions de la table soient plus en rapport avec la découpe d’un sanglier de gaulois qu’au déballage d’un sandwich de retraité-cyclo, nous pique-niquons frugalement avec les évêques sur leur table.

L’altimètre indique 1174m ce qui est bien le point culminant de notre randonnée. Quelques hectomètres encore à parcourir dans les sous-bois superbement éclairés cet après-midi, et nous rejoignons la minuscule route qui doit nous mener à Bourg Argental.

S’il avait plu cette année, il y aurait de l’herbe au centre du goudron, mais il y a surtout des vues splendides sur la forêt du Taillard, la vallée de la Cance et le bassin d’Annonay.

Argental surgit à la sortie d’un virage. Encore un site industriel abandonné « dans son jus ».

Le seigneur y avait construit son château à l’écart de Bourg Argental, au lieu-dit Argental. Il fut occupé par les ligueurs en 1594 et la forteresse démantelé par Henri de Montmorency sur ordre d’Henri iv, devenu catholique et roi de France depuis le 27 Février de cette année là.

Les démolisseurs ont donc épargné la chapelle.

Bourg Argental est un important carrefour routier entre la route Le Puy – Vienne et Saint Etienne – Valence.

L’office du Tourisme est royalement logé dans la maison du chatelet, partie des anciennes fortifications transformées en habitation au xvi°

La redescente est rapide sur le plateau de Peaugres et la route nous ménage encore de très belles vues sur la vallée.

Nous passons devant le château du Mein à Félines qui fut le théâtre d’une des inombrables chasse au curé de l’époque révolutionnaire : L’abbé Géry prêtre réfractaire au culte de la Raison, était pourchassé pour avoir refusé de prêter serment à l’Eglise Constitutionnelle. Vêtu d’habits laïques et cachant sa tonsure sous fine perruque, l’abbé Géry, loua le château du Mein où il  réunit une vingtaine d’élèves à qui il devait enseigner les mathématiques, sa matière d’excellence..

Recherché par les gendarmes, comme tous les insermentés [2] il fut sauvé par le sang froid de l’un de ses élèves qui tint tête aux agents de la force  publique, pour donner  au  fugitif le temps de s’éloigner, et se prêta aux perquisitions, renvoya ses condisciples à leurs parents et rentra lui‑même au foyer paternel. Le curé eut que le temps de gagner la campagne en s’échappant par une fenêtre.

Nous passons de 380m à 132m par une superbe route en lacets qui ménage des vues ébouriffantes sur le Rhône. C’est l’île de la Platière que nous voyons d’abord, avec sa réserve nature qui mérite une visite, et dans sa partie Sud, les longs bâtiments de Moly Sabata, ancien atelier de mariniers converti par Albert Gleizes en résidence d’artistes-peintres en 1984.

Le pont de Sablons qui a remplacé celui construit par Seguin 100 ans plus tôt date de 1928. Il a bien du mal à digérer toute la circulation automobile qui y passe maintenant et  nous choisissons pour traverser le Rhône,

Nous choisissons de passer par le pont du chemin de fer ancré sur la commune de Peyraud. Lors de la retraite allemande, ce pont, (un des derniers à être debout), a été recouvert d’un platelage sur les rails par les armées alliées pour faire passer les chars. Un espace piétons-cyclistes y est aménagé sur le côté, que nous empruntons avec grand plaisir après l’avoir baptisé « pont François Chenais », du nom de son »inventeur ».

Il enjambe le vieux Rhône et le canal qui déssert l’usine-écluse

T.E.R. bien à l’heure à St Rambert d’Albon, wagon-vélo un peu plein
mais « 10 vélos ça tient » avec de la bonne volonté.

Très belle journée sous un soleil de Printemps dont le tracé est à retrouver sur Openrunner y compris la localisation de la « pierre »

https://www.openrunner.com/r/9229985

[1]  Plus prosaïquement on signale que, sur le trajet des diligences, la halte sur la route entre St Etienne et Annonay au sommet du col, était signalée par un panneau intitulé «arrêt public ».

[2]  Nom donné à l’époque aux prêtres qui avaient refusé de prêter serment à la Constitution (75% des écclésiastiques). Ceux qui avaient prêté serment étaient dénommés les « jureurs ou assermentés ». Les « insermentés » arrêtés furent conduits au bagne, tués, noyés ou bannis.

Cyclos de Semaine

 

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Chris

27 octobre 2018

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