À la une

« Les Naufragés » A la Halle Debourg jusqu’au 23 juin dans le cadre des Nuits de Fourvière

« Les Naufragés » A la Halle Debourg jusqu’au 23 juin dans le cadre des Nuits de Fourvière

L’humanité nue

Avec ténacité et humilité, Emmanuel Meirieu continue d’aller à la rencontre d’une humanité fracassée, abîmée, désespérée et, comme c’est le cas ici avec « Les naufragés », souvent désespérante.

Avec infiniment de respect et de pudeur.

Il met en scène le témoignage de Patrick Declerck qui a pendant quinze ans suivi, observé, approché les clochards de Paris.

Cette aventure humaine a fait l’objet d’un livre paru chez Terre Humaine, un récit de plusieurs centaines de pages que le metteur en scène a découvert par l’intermédiaire de François Cottrelle, immense acteur et co-auteur de cette adaptation… d’une trentaine de pages, un substrat puissant qui vous emporte comme une lame de fond.

C’est dans un immense hangar, la Halle Debourg, ancienne gare de triage, que Meirieu a choisi d’installer l’hôpital de Nanterre où étaient abrités pour la nuit, nourris et étrillés les hommes et femmes hagards ramassés par les maraudes.

Ce lieu sombre, gris, poussiéreux, se prête magistralement à l’évocation d’une humanité qui dévisse, une humanité qui, pour reprendre les termes de l’auteur, « ne s’aime pas ».

Devant son micro, incontournable accessoire des scénographies de Meirieu, François Cottrelle prête sa voix, son talent, son émotion, sa douleur à Patrick Declerck. Il dit sa rage, son dégoût, sa répugnance devant la saleté, la puanteur, la violence, les mots sont crus, directs, percutants.

Il dit aussi, avec tout autant de force, sa tendresse pour Raymond, un doux massacré par un monde incapable de seulement le côtoyer, mort dans l’indifférence générale, sans sépulture, laissant à tout jamais Partick Declerck orphelin.

A ce texte déjà riche de vécus terribles, Emmanuel Meirieu donne encore d’autres échos lointains, on pense au « Soleil des mourants » de Jean-Claude Izzo, bien sûr, mais aussi à Primo Lévi qui parle si bien de ce qu’est, au fond, un homme, même quand il pisse, debout.

L’Aquarius en arrière plan, immense voilier échoué sur le sable et contre lequel se brisent les vagues évoque d’autres malheurs, d’autres morts dans l’anonymat.

Quant aux sifflements des trains qui passent, ils réveillent en nous d’autres souvenirs. C’est du vrai théâtre tout en restant au plus près d’un témoignage brut et bouleversant.

Emmanuel Meirieu confirme ici qu’il est un grand metteur en scène dont l’acuité, l’intelligence et la sincérité nous entraînent où nous n’aurions pas forcément voulu aller.

TRINA MOUNIER

A la Halle Debourg jusqu’au 23 juin

Dans le cadre des Nuits de Fourvière, une production du Théâtre Comédie Odéon et de la Compagnie Bloc Opératoire.

www.nuitsdefourviere.com

Crédit photo : Loll Willems

N'hésitez pas à partager cet article :

Chris

12 juin 2018

No comments

Laisser un commentaire

© 2018 AURAONE – Tous droits réservés. Réalisation du site par Pictiweb | Mentions Légales | Confidentialité

00:00
00:00
Empty Playlist
Scroll Up