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Montagne : quand tout repartira

Montagne : quand tout repartira

C’est dimanche et la petite montée en ski de randonnée vers le col de Véry est inondée d’un soleil printanier. Le massif du Mont-Blanc est une splendeur. La neige est encore dure, elle sera bientôt moquette pour la descente. Pourtant, le plaisir ne dissipe pas le malaise. Surtout depuis que nous sommes passés devant le parking vide, la télécabine du Joly à l’arrêt, et le panneau lumineux indiquant que tout est fermé. Cette fois, ça y est, la montagne n’échappe plus au virus. Dans le Beaufortain comme dans toute la France.

Combien de fois avons-nous goûté ces échappées loin des domaines skiables, loin de la foule ? Ce dimanche 15 mars 2020, le spectacle des pistes désertes et impeccablement damées est venu brutalement nous rappeler que cette journée marquerait un tournant dans l’histoire des sports d’hiver.

Les amoureux des « peaux » auraient pu se réjouir. Très vite, ils ont compris qu’eux aussi avaient fini de jouer. Pas question de mobiliser les services de secours et les hôpitaux avec des pattes cassées ou des hypothermies provoquées par une avalanche. Les gendarmes ont d’ailleurs promis de verbaliser les réfractaires au confinement qui se hasarderaient sans raison en montagne.

La Savoie, premier domaine skiable de France, réalise à quel point son économie basée sur l’or blanc est fragile. La crise sanitaire finira bien par être surmontée. Viendra l’heure des questions.

Avec ou sans virus, nous allions droit dans le mur. A faire trop longtemps comme si le réchauffement climatique n’était qu’une lubie d’écolos nostalgiques. A croire béatement que des batteries de canons à neige pouvaient lutter à armes égales contre des hivers de plus en plus doux. A se laisser endormir par les sirènes d’un luxe tapageur qui enrichit surtout les spéculateurs. A vouloir se persuader que nos réserves d’eau sont inépuisables et qu’elles peuvent remplir indéfiniment spas, piscines, jacuzzis et autres amusements hors de prix. A prétendre que l’extension des domaines skiables et la construction de nouvelles résidences pouvaient doper une fréquentation qui stagne depuis des années. A considérer le tourisme social comme une ringardise et négliger les clientèles locales. A s’habituer aux bouchons sur les routes et aux norias de charters comme un mal nécessaire pour que vivent les sports d’hiver.

La crise majeure que nous traversons laissera des traces douloureuses. Mais elle n’épargnera pas un débat de fond sur un autre modèle de développement de la montagne.

 

Jacques LELEU

PHOTO Ce dimanche 15 mars, les remontées mécaniques des Saisies sont à l’arrêt, comme dans toutes les stations de France. Photo J.L

 

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Chris

19 mars 2020

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