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« Sainte dans l’incendie » au Théâtre de la Croix-Rousse jusqu’au 20 janvier 2018

« Sainte dans l’incendie » au Théâtre de la Croix-Rousse jusqu’au 20 janvier 2018

La pureté et l’éclat du cristal
Le Théâtre de la Croix-Rousse accueille un magnifique spectacle écrit et mis en scène par Laurent Fréchuret. Pour incarner la Jeanne de « Sainte dans l’incendie », son unique texte publié, il a choisi Laurence Vielle, une comédienne accomplie et bouleversante, d’une présence immédiate.
Laurent Fréchuret la peint comme un âme simple, habitée par ses voix et par sa certitude intérieure, fragile, toujours au bord de la rupture et de la chute. Il écrit là un texte hautement poétique, c’est-à-dire qui se refuse à la pure et seule intelligence. Il s’agit d’un texte imagé et rythmé qui déploie ses volutes et ses arabesques comme un écran de fumée. Qui parle de la nature et des petits oiseaux et des vaches dans les prés. De la même manière que de Catherine et Marguerite. Qui parle aussi de la vie des soldats, rude et rugueuse, des relations étroites qu’elle entretient avec eux, à leur contact et pourtant en toute innocence. Qui se moque de la vraisemblance tout autant que de l’Histoire, il prend les mots comme ils tombent, venus d’aujourd’hui comme d’hier. Un texte polysémique et polyphonique, parfois énigmatique malgré une trame connue, usée jusqu’à la corde par les images pieuses et les appropriations politiques qui lui collent à la peau.
Rencontre d’un poète et d’une comédienne
Pour servir le texte, pour incarner Jeanne, une comédienne incroyable, Laurence Vielle, elle-même poète en Belgique où elle vit et travaille.
Quand elle entre en scène, sur la pointe des pieds, elle joue de la lenteur comme d’une modestie, ou d’une inquiétude. Longuement elle s’arrête devant chaque spectateur, entamant avec lui un dialogue qui ne se brisera pas, on ne voit pas encore où elle veut en venir. Puis elle s’assied sur le banc, seul élément de décor, et sort de ce corps une voix troublante qui ne lui ressemble pas vraiment sans que l’on puisse expliquer pourquoi. Avec un grand luxe de détails qu’elle illustre de ses mains, elle raconte la carte de France et l’enfance de Jeanne.
Avec une grande virtuosité elle fait entendre les moindres replis du texte, son humour notamment, qui peut surprendre. Car cette Jeanne est simple, presque débile, ne cherche ni à comprendre ni à convaincre. C’est une toute jeune fille qui pense d’abord à sa mère, presque autant qu’à ses voix.
Mais c’est surtout sa façon d’incarner et d’occuper l’espace qui frappe chez cette comédienne. Toujours en déséquilibre, elle traverse le plateau à la suite de son bras qui l’entraîne, tour à tour épée ou ange venu du ciel. Quand elle se tient droite, elle semble godiche, les pieds en dedans, les épaules voûtées, les mains entrelacées, hésitante, elle ne sait pas par quel bout commencer, elle est drôle et aime la vie, ne semble prendre la mesure ni d’elle-même ni de la mission qui lui est assignée. Elle le dit d’ailleurs : les voix lui arrivent directement dans l’oreille et quand elle les suit, elle ne sait pas où elle va. Dans la dernière partie qui retrace son supplice, Laurent Fréchuret parvient à ne rien gommer des tourments qu’elle endure tout en conservant une distance pudique qui entrelace réalisme des détails et métaphores.
En conclusion, voici un spectacle magnifique, d’une grande rigueur, très touchant et très beau.
TRINA MOUNIER
Au Théâtre de la Croix-Rousse jusqu’au 20 janvier
Crédit photo: © Giovanni Cittadini Cesi
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Chris

10 janvier 2018

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