« RIGOLETTO » à l’Opéra de Lyon

« RIGOLETTO » à l’Opéra de Lyon

Ne rigolez pas avec « Rigoletto ». Axel Ranisch, dans le programme de l’Opéra de Lyon, se contente de deux courts paragraphes un tantinet désinvoltes pour inviter les spectateurs à s’intéresser à sa version du célébrissime opéra de Giuseppe Verdi. Cinéaste plus que metteur en scène lyrique, il s’en sort en proposant deux spectacles en un. D’une part il transporte les personnages dans une cité urbaine populaire où agissent et s’expriment des voyous, des mafieux et des marginaux qui empoisonnent la vie de Rigoletto et de sa fille Gilda. D’autre part il projette un film narrant la fascination pour le personnage de Rigoletto d’un habitant du quartier tentant de résister à la passion de sa fille pour un disquaire véreux. Dès lors le public est amené à suivre simultanément des scènes d’opéra classiquement mises en scène et le déroulement d’un film réaliste. Malgré l’intention louable d’échapper aux représentations convenues et parfois lourdement mélodramatiques de l’oeuvre de Verdi, Axel Ranisch impose une lecture tout aussi pesante chargée de clichés contemporains sur la misère, le sexe, le genre, la drogue et la violence. Mais, et heureusement, le chef d’orchestre italien Daniele Rustioni, expert de la musique de Verdi, échappe avec finesse et intensité aux facilités de la mise en scène avec la complicité généreuse des musiciens. Art de la suspension, refus de souligner les émotions tragiques, fluidité des enchaînements de situations conduisent les solistes à donner le meilleur d’eux-mêmes. Le baryton Dalibor Jenis, corps lourd et meurtri, incarne un Rigoletto à la tragique humanité, la soprano Nina Minasyan, frêle et sensuelle créature, bouleverse en Gilda désemparée ou déterminée, sœur lyrique d’une héroïne populaire d’un film de Fellini, le ténor Enea Scala, avatar cynique et hystérique du Duc de Mantoue devenu proxénète de banlieue, émeut par sa fragilité physique et son énergie du désespoir. Au final, merci à Rustioni, à l’orchestre de l’Opéra de Lyon et aux solistes de préserver par leurs talents la puissance et la subtilité d’une œuvre majeure de la scène opératique.

Michel Dieuaide

Opéra de Lyon

Du 18 mars au 7 avril 2022

www.opera-lyon.com

 

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