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AU FESTIVAL DU COURT METRAGE DE CLERMONT, UN PALMARÈS DANS L’AIR DU TEMPS !

AU FESTIVAL DU COURT METRAGE DE CLERMONT, UN PALMARÈS DANS L’AIR DU TEMPS !

Le festival de Clermont a donc eu lieu, du 29 janvier au 6 février, 100 pour 100 en ligne. Triste ambiance pour les cinéphiles , obligés de déguster leurs films dans la solitude, sur des écrans plus ou moins petits, bien loin de l’ambiance de fête collective qui caractérise d’habitude le plus grand rassemblement d’amateurs de courts métrages du monde ! On ne dira jamais assez que le cinéma est amputé quand il est vu hors des salles obscures, que le concept de «  home cinéma » est un oxymore, quelque chose comme « une obscure clarté qui tombe des (petits) écrans » !
Cela dit, et il fallait le dire !, il n’était pas question de manquer le rendez-vous annuel du film court. Aussi , comme plus de 13000 cinéphiles, avons nous souscrit l’abonnement à 12€ qui ouvrait le droit de visionner quelques 46 programmes de courts. Bien sûr on a pas tout vu, mais la semaine a été bien occupée !
Le palmarès des différentes compétitions ( Internationale, France, Labo ) montre, une fois de plus, que les courtmétragistes savent rendre compte du présent, qu’ils arrivent à merveille à capter l’air du temps, à mettre le doigt sur les difficultés du moment, à poser les problèmes qu’affrontent  leurs contemporains.  Aussi n’est-il pas étonnant que la tonalité de cette année soit plutôt sombre . Même si la pandémie n’est que rarement directement évoquée ( on notera cependant « Confiné dehors » de Julien Goudichaud, prix du public France et « Une Nuit » de À.Valerio, prix Canal + F)  elle marque les esprits, plombe l’ambiance.
On dit beaucoup, ces temps-ci, qu’il n’est « pas facile d’avoir 20 ans en 2020 » Les  grand prix des trois compétitions, chacun à sa manière , développent ce thème . «Sestre » de Katarina Resek, Slovénie, grand prix international et « Mat et les Gravitantes » de Pauline Penichout, couronné du grand prix France et de plusieurs autres distinctions, mettent en scène des groupes de filles, grandes adolescentes ou jeunes adultes. Dans «  Gramercy », de J.McGinnis et P. Meywood, USA, grand prix labo, on ne voit que des garçons du même âge. Ce qui frappe quand on regarde ces trois films c’est qu’ils nous présentent des groupes résolument unisexes : pas une fille dans le court américain, qui raconte le retour dans son quartier, parmi ses potes, d’un afro-américain absent depuis quelques mois. Pas d’homme dans le film français, qui montre des jeunes filles réunies pour découvrir ensemble leur anatomie dans un atelier d’auto gynécologie et porter un regard féminin sur la sexualité.Et si des garçons apparaissent dans le film slovène, ils sont l’ennemi, particulièrement brutal, stupide et vulgaire, à combattre à coup de poing ou de pieds au besoin ! Étrange, et significatif sûrement, que cette violente revendication d’un entre-soit exclusif se retrouve dans trois films d’auteurs de pays différents et qu’ils aient été distingués, au même moment, par trois jury différents . Et cet espèce d’apartheid laisse comme un sentiment d’amertume.
L’actualité inspire d’autres œuvres primées, particulièrement dans le palmarès labo : « Santiago 1973-2019 », de Paz Corona, prix spécial du jury, évoque la répression des mouvements populaires au Chili hier et aujourd’hui, « Maalbeek » d’I.J Chandoutis , prix du public et prix des effets spéciaux, est un passionnant essais sur la recherche de ses souvenirs par une victime d’un attentat islamiste rendu amnésique par l’explosion,             « Lettres de Silivri » d’A.Figuroa, prix étudiant et prix du festival Connexion, dénonce avec force la détention arbitraire d’un opposant turc. Dans la section internationale  « Dalej jest Dzien »,du polonais D.Kocur, parle avec délicatesse de l’immigration clandestine du Moyen Orient vers l’Europe (Prix du meilleur film européen).
D’autres films s’interrogent sur la manière dont nous appréhendons notre histoire récente : «  Vas-y voir » de D.Ekchajzer, prix égalité et diversité, évoque l’Afrique coloniale tandis que dans l’excellent « Souvenir, souvenir », meilleur film d’animation francophone, le réalisateur Bastien Dubois, enquêtant sur la manière dont son grand-père a vécu la guerre d’Algérie,  découvre le poids de ces souvenir pour son «  pépé «  mais aussi pour son père et pour lui !
Dans  cette sélection, pas toujours très gaie, on aura garde d’oublier le lauréat du prix du rire Fernand Raynaud «  Badaren » du suédois Jonathan Etzler, à l’humour décalé et subtil et «  God’s Daughter Dances » du coréen Sunghin Byun, prix du public de la sélection internationale, dans lequel un danseur transsexuel se présente devant son conseil de révision militaire.
Ces quelques exemples prouvent la vitalité de la forme courte dans le cinéma d’aujourd’hui. Ils démontrent aussi l’impérieuse nécessité de montrer le plus possible ces «  petits films » dont la diffusion reste trop souvent confidentielle. Et donc, bien sûr, le rôle indispensable des festivals et particulièrement du premier d’entre eux, celui de Clermont ! Un grand merci aux organisateurs de l’avoir maintenu contre vents et marées ! Et à l’année prochaine, pour une nouvelle édition, qu’on espère plus classique !

                                                                                       Jean-François Martinon

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Chris

13 février 2021

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